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Edito - Environnement et Energie

Bilan énergétique gratuit: Gare aux arnaques


Le bilan énergétique gratuit ou l’enquête obligatoire sur l’habitat énergivore, c’est l’arnaque en vogue des démarcheurs à domicile pour faire signer des devis pharaoniques aux consommateurs soucieux d’économies d’énergie ou du réchauffement climatique. Méfiance.

« Tout a commencé par un coup de fil. La dame m’annonce que le bilan énergétique gratuit est devenu obligatoire pour tout le monde, se souvient Christian, qui vit en Loire-Atlantique. J’accepte que le contrôleur passe chez moi le lendemain. Il m’explique que le bilan énergétique des logements est obligatoire, au même titre que le contrôle antipollution des voitures, et qu’EDF établira ensuite un système de bonus-malus sur mes factures. On discute, et en plus de ce bilan énergétique, il propose de me monter un dossier pour une isolation gratuite. Comme je dois sortir, je réponds à ses questions et je signe. »

Mais, une fois de retour chez lui, Christian examine le document de plus près. Il découvre un devis de BT Concept Éco, une entreprise bien connue de l’UFC-Que Choisir, avec sa signature apposée sous la mention « bon pour travaux », et sans aucune indication des aides qu’on lui a annoncées. « Comment ai-je pu être aussi crédule ? » se demande encore Christian qui a fait jouer son droit de rétractation dès le lendemain.

Malheureusement, son cas n’a rien d’isolé : les témoignages se multiplient. Le bilan énergétique gratuit, tout comme l’analyse énergétique qui évite de payer une nouvelle taxe, ou encore l’enquête obligatoire sur l’habitat énergivore, voilà les nouveaux sésames des réseaux commerciaux et des entreprises sans scrupules pour que les portes des domiciles s’ouvrent facilement et sans la moindre méfiance.

Est-il utile de le rappeler ? Il n’existe strictement aucune obligation réglementaire de bilan ou d’analyse énergétique, ni aucune taxe de cette nature sur les logements. Seul le diagnostic de performance énergétique (DPE) est imposé, mais uniquement en cas de vente ou de mise en location du logement. On est vraiment aux antipodes d’une obligation généralisée, ne vous laissez pas abuser. Une fois entrés, les démarcheurs ont en effet un savoir-faire imparable pour vous faire signer n’importe quoi !

Edito - Santé et Bien être

Maladie de Lyme: Des recommandations, enfin


La Haute autorité de santé, attendue sur la prise en charge de la maladie de Lyme, vient de publier de nouvelles recommandations de prise en charge. Elle entérine la possibilité d’un traitement par antibiotiques en cas de symptômes persistants peu évocateurs de la maladie, même en cas de test négatif.

Finalement, la Haute autorité de santé (HAS) a tenu les délais. En dépit de désaccords persistants au sein du groupe de travail qui planche depuis un an et demi sur la maladie de Lyme, elle a publié de nouvelles recommandations de prise en charge très attendues. C’était d’autant plus nécessaire, a plaidé la HAS lors de sa conférence de presse, que la saison des tiques bat son plein. Et que le nombre de cas signalés de la maladie a, selon les chiffres récents de Santé Publique France, fortement augmenté en 2016.

Il fallait, a souligné la Pr Dominique Le Guludec, présidente du collège de la HAS, apporter une réponse concrète aux médecins de premier recours. Même pour les malades les plus problématiques, c’est-à-dire les personnes persuadées d’être touchées par un Lyme, mais dont les symptômes – fatigue intense, troubles du sommeil, douleurs, troubles cognitifs – sont peu évocateurs de la maladie. Parmi elles, certaines ont déjà été traitées pour un Lyme par le passé mais estiment, contre l’avis des médecins en général, ne pas être encore guéries. D’autres présentent les mêmes signes cliniques mais les tests actuellement utilisés pour le diagnostic de Lyme ont toujours été négatifs. Quelle que soit la sérologie, la HAS a décidé de regrouper tous ces cas « chroniques » sous le terme « symptomatologie/syndrome persistant polymorphe après une possible piqûre de tique » (SPPT). Pour eux, la conduite à tenir, a détaillé le Dr Cédric Grouchka, membre de la HAS, « consiste d’abord à les prendre au sérieux. Puis à mener un bilan complet pour rechercher une autre maladie. » Si aucun diagnostic n’est trouvé et que les symptômes sont toujours là, alors un traitement dit « d’épreuve » pourra être prescrit. Il s’agit de donner des antibiotiques pendant 28 jours, pour voir s’ils ont un impact sur les signes cliniques.

C’est la grande nouveauté de ces recommandations : la possibilité de donner un traitement y compris en cas de test négatif. Toutefois, sa durée est encadrée, et il devra être répertorié et supervisé par un des cinq centres spécialisés dans les maladies vectorielles à tiques (MVT) prévus par le plan Lyme.

Polémiques immédiates

Sans surprise, le positionnement de la HAS n’a pas calmé la guerre qui fait rage sur la maladie de Lyme. La Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF), pourtant partie prenante du groupe de travail, a manifesté dans un communiqué son opposition au SPPT, « qui pourrait conduire à des excès de diagnostics susceptibles d’orienter les patients vers des prises en charge inadéquates ». L’association de patients ChroniLyme, elle, déplore l’absence de mesures d’urgence et l’impossibilité de cures d’antibiotiques longues. La Fédération française des maladies vectorielles à tiques (FFMVT), constituée de médecins plus proches des malades, pointe de nombreux manques mais salue tout de même l’avancée que constitue, selon elle, la reconnaissance du SPPT.

Edito - Santé et Bien être

Intoxication alimentaire: Des reblochons suspectés d’avoir contaminé de jeunes enfants


Quatorze cas d’intoxication alimentaire grave, dont un mortel, sont survenus entre avril et juin 2018 chez de jeunes enfants ayant consommé du reblochon au lait cru de la fromagerie Chabert vendu sous plusieurs marques. Selon les investigations des autorités sanitaires, ces cas seraient liés pour tout ou partie à une même souche de bactéries Escherichia coli, particulièrement virulente chez le jeune enfant. La procédure de retrait des produits a connu de multiples rebondissements.

Quatorze enfants âgés de 1 à 5 ans originaires de diverses régions de France ont été victimes d’infections bactériennes après avoir consommé du reblochon au lait cru fabriqué par la fromagerie Chabert sur le site de Cruseilles (Haute-Savoie). Parmi ces enfants, 6 ont été hospitalisés pour un syndrome hémolytique et urémique (SHU), une infection grave touchant le rein. Vendredi 1er juin, Santé publique France annonçait le décès de l’un d’eux.



Une bactérie très virulente chez le jeune enfant

Le 11 mai 2018, le ministère de la Santé et de l’Agriculture, alerté par la survenue de plusieurs cas d’intoxication sévère chez de jeunes enfants provoqués par la même souche de bactéries E. coli, ordonnait le retrait de reblochons au lait cru de la fromagerie Chabert vendus sous la marque « Nos régions ont du talent » et commercialisés depuis le 21 janvier 2018 dans les enseignes Leclerc. Une procédure élargie 3 jours plus tard à l’ensemble des reblochons entiers (450 g) produits par la fromagerie, « par mesure de précaution » selon le ministère, la contamination étant probablement liée à un même conteneur de lait cru parvenu à la fromagerie fin janvier. Ces fromages sont notamment vendus sous les marques Chabert, Nos régions ont du talent (Leclerc), Saveurs de nos régions (Lidl), Reflets de France (Carrefour) ou encore Itinéraire des saveurs (Intermarché).

« De récentes avancées technologiques nous permettent aujourd’hui d’identifier avec précision la signature génomique d’une bactérie. Grâce à un système de surveillance dynamique, nous avons pu identifier début mai 4 cas d’enfant malade dont les coprocultures [analyses de selles] révélaient la présence de bactéries de type E. coli productrices de toxines ayant le même ADN », explique Simon Le Hello, co-responsable du Centre national de référence des E. coli à l’Institut Pasteur, précisant que les 14 cas désormais identifiés par les autorités sanitaires sont biologiquement ou épidémiologiquement confirmés.

La bactérie mise en cause est E. coli O26, une E. coli entérohémorragique (EHEC). Cette bactérie qui colonise habituellement le tube digestif des ruminants libère dans le corps humain des toxines (shigatoxines) susceptibles d’entraîner dans les jours suivant la consommation de l’aliment contaminé des diarrhées sanglantes, des douleurs abdominales et des vomissements. Les sources les plus fréquentes sont les steaks hachés et, dans une moindre mesure, les fromages au lait cru. Dans les cas les plus sévères, les symptômes peuvent évoluer vers un SHU. « Le risque est surtout présent chez le jeune enfant dont le système immunitaire encore immature peut s’emballer sous l’effet des shigatoxines. Il attaque alors les reins, plus rarement le cœur ou le système nerveux, avec des conséquences graves comme des atteintes rénales sévères pouvant nécessiter une dialyse à vie et parfois causer la mort », précise le Dr Le Hello.

Les investigations menées par Santé publique France et l’Institut Pasteur ont confirmé un lien épidémiologique entre ces cas et la consommation de reblochons au lait cru commercialisés dans plusieurs régions par la fromagerie Chabert. Le 4 juin 2018, le syndicat interprofessionnel du reblochon précisait que la bactérie E. coli O26 ayant rendu ces enfants malades n’avait pas été retrouvée à ce jour, ni dans le fromage accusé de l’avoir véhiculée, ni dans le lait ayant servi à sa fabrication. Cette absence ne dédouane pas pour autant les dits fromages. Une très faible contamination suffit en effet à entraîner un risque, et la bactérie peut très bien avoir échappé à l’échantillonnage, reconnaît le syndicat. Selon l’AFP, 456 analyses auraient été réalisées par l’entreprise Chabert, 100 % des lots analysés s’étant révélés conformes.

Demi-fromage et demi-mesure

Cela n’a hélas pas empêché l’annonce par Santé publique France, vendredi 1er juin, du décès d’un jeune patient atteint d’un SHU. Dans la foulée, le site du ministère de la Santé annonçait que les enquêtes menées par les autorités sanitaires à la suite de ce nouveau cas avaient permis d’identifier des lots supplémentaires de reblochons qui n’avaient pas été visés par les premières procédures de rappel. L’État élargissait donc encore une fois le retrait, cette fois à des demi-reblochons portant le numéro d’estampille 74.289.050 et au fromage LeTartiflard (un fromage de Savoie au lait cru) produits sur le site à la même période.


Cette procédure à multiples rebondissements n’est pas sans rappeler la très récente affaire Lactalis au cours de laquelle plusieurs listes de produits au rappel incomplètes ont été diffusées avant qu’un document a priori exhaustif soit disponible, à la plus grande exaspération des consommateurs.

L’entreprise Chabert met à la disposition des consommateurs le numéro de téléphone suivant : 0 800 94 52 35, ouvert de 8 h à 19 h.

Rappelons enfin que, selon les recommandations des autorités sanitaires, les jeunes enfants doivent éviter les fromages à pâte molle au lait cru (reblochon, morbier) sauf s’ils sont cuits (tartiflette, etc.), la chaleur détruisant la bactérie E. coli. On leur préférera donc les fromages au lait pasteurisé. Cette recommandation vaut également pour les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées.

Edito - Santé et Bien être

Gaz radioactif dans les maisons: Le radon sous-évalué


Le radon a beau être classé cancérogène depuis plus de 30 ans, la France a toujours fait comme si ce dangereux gaz radioactif s’arrêtait aux portes des logements. La réglementation évolue enfin, mais pas à la bonne saison !

Il est invisible, indolore, indétectable, et pourtant il constitue la deuxième cause de cancer du poumon en France. Certes, très loin derrière le tabac. Mais il cause 1 200 à 3 000 décès par an, qui pourraient être évités. Lui, c’est le radon, un gaz radioactif d’origine naturelle. Présent en particulier dans les sous-sols granitiques ou volcaniques, il peut s’infiltrer dans les maisons et y atteindre des teneurs dangereuses pour la santé des occupants.

La France sous-estime le risque depuis longtemps. Les analyses et les mesures correctives en cas de concentrations élevées ne concernent que des catégories d’établissements recevant du public, et dans 31 départements jugés prioritaires, selon les autorités. Cette liste et cette réglementation lacunaires suscitent bien des critiques de la part de la Criirad, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, créée au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, en 1986. Car son laboratoire d’analyses effectue de nombreuses mesures de radon, et il lui arrive de détecter des teneurs élevées dans des zones classées à potentiel de radon « faible », a priori sans risque. Plus grave, les habitations sont exclues de la surveillance, alors qu’on y passe en moyenne 67 % de son temps, sachant qu’on monte à 83 % pour les jeunes enfants et les retraités. Du coup, il s’agit d’un lieu d’exposition privilégié.

Un décret très attendu


Dès 1990, la Commission européenne avait émis des recommandations pour protéger la population des dangers de l’exposition au radon dans tous les bâtiments, y compris l’habitat. La France n’en a jamais tenu compte. Heureusement, la directive européenne Euratom, parue en janvier 2014, a fixé des échéances incontournables. Les États membres devaient s’y conformer dans un délai maximal de quatre ans. Le gouvernement aurait dû publier un nouveau décret radon au plus tard le 6 février 2018. Il vient seulement de paraître. Il abaisse le seuil acceptable de 400 à 300 becquerels de radon par mètre cube. Au-delà, des interventions seront indispensables. Surtout, les logements sont désormais concernés : le radon va faire partie des informations à transmettre lors des transactions immobilières, à la vente comme à la location. De même que le risque d’inondation ou d’avalanche, le niveau d’exposition de la commune au radon sera indiqué sur « l’état des servitudes risques et d’information sur les sols », le document qui remplace « l’état des risques naturels et technologiques » depuis le 1er janvier 2018. Un nouvel arrêté doit définir le zonage radon au niveau communal. Au total, 7 033 communes vont y figurer en catégorie 3, celle des zones à potentiel radon significatif, sans que cela soit vraiment satisfaisant. Une maison peut en effet accumuler du radon sans se trouver dans une commune à risque fort, et vice versa. Certains types de construction sont plus propices au radon que d’autres, quel que soit leur secteur.

Les mesures, c’est en automne et en hiver


Cependant, définir ou confirmer le risque si on a un doute sur la présence de ce gaz nécessite toujours des analyses. Or, celles-ci doivent impérativement se faire en automne et en hiver, les saisons où les teneurs des intérieurs en radon sont les plus élevées. Effectuer les mesures au printemps ou en été ne sert à rien, des résultats rassurants peuvent masquer une forte présence hivernale.

Que Choisir a donc décidé de ne pas traiter des problèmes du radon, des types de logements à risques et des remèdes adaptés dès maintenant, mais d’y revenir en détail en octobre prochain. C’est en effet le mois où doser ce gaz radioactif devient pertinent, à supposer qu’on ait des raisons de s’inquiéter. Quoi qu’on puisse lire ou entendre, il faut donc laisser passer l’été sans se faire trop de souci. En ce qui concerne les teneurs en radon, on entre dans la basse saison !

Edito - Alimentation

Camembert de Normandie: La pasteurisation en voie de remporter la bataille


La nouvelle définition du camembert de Normandie AOP déchaîne les passions ! « Honte, trahison, forfaiture… » s’étouffent ses opposants dans une récente tribune publiée dans « Libération ». Décryptage des enjeux et des intérêts pour les consommateurs.

Passera, passera pas ? Annoncée en février dernier par l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), la nouvelle version du cahier des charges du camembert de Normandie AOP est déjà sous le feu des critiques. Cœur de la polémique : l’autorisation, d’ici 2021, de la pasteurisation du lait dans le processus traditionnel de fabrication du fameux fromage. Les industriels laitiers, Lactalis en tête, qui réclamaient cette mesure depuis plus de 10 ans au nom de l’hygiène et du principe de précaution, ont donc obtenu satisfaction. Seulement, voilà : si le chauffage du lait permet d’éliminer d’éventuelles bactéries pathogènes, il détruit du même coup la flore aromatique et les ferments indigènes qui confèrent au fromage normand sa saveur inimitable. « C’est le camembert au lait cru que l’on assassine ! » s’indignent une quarantaine de personnalités – chefs étoilés, vignerons, comédiens, journalistes – dans une tribune publiée le 15 mai dans « Libération ». « Le plus populaire des fromages tricolores, le calendos, va perdre son caractère et sa typicité, pour devenir une pâte molle sans goût », prédit le texte rédigé par la présidente de l’association Fromages de terroirs, Véronique Richez-Lerouge.

Ce cri d’alarme aux accents cocorico n’est pas resté sans écho auprès des amoureux des fromages puisque, à ce jour, plus de 32 700 personnes ont déjà signé la pétition contre la pasteurisation du camembert de Normandie d’appellation d’origine sur le site Change.org. De leur côté, 12 députés normands ont écrit au ministre de l’Agriculture pour lui faire part de leurs inquiétudes. Selon eux, l’accord annoncé par l’Inao risque de faire disparaître totalement des grandes surfaces le camembert traditionnel au lait cru, moulé à la louche. « Nous souhaitons vivement que vous vous opposiez à cet accord et à son application en 2021 afin d’assurer la pérennité du camembert traditionnel qui, en aucun cas, ne peut être assimilé au camembert pasteurisé », poursuivent les parlementaires dans leur courrier au ministre, Stéphane Travert.

Décision surprenante de l’Inao


Il est vrai que cet accord entre, d’une part, les producteurs et les transformateurs laitiers et, d’autre part, l’organisme de défense et de gestion (ODG) de l’AOP Camembert de Normandie, obtenu à l’arraché sous la houlette de l’Inao, a de quoi surprendre. Depuis une vingtaine d’années, l’Institut incite au contraire les appellations d’origine à renforcer leur lien au terroir, en imposant notamment l’emploi exclusif de lait cru dans les nouvelles appellations fromagères, afin de se démarquer de la concurrence des produits industriels. Quelle mouche a donc piqué les « sages » de l’Inao pour déroger aux principes fondamentaux de l’appellation d’origine que sont le respect « des usages locaux, loyaux et constants » ?

Pour répondre à cette question, un petit retour en arrière est nécessaire. Depuis des années, un bras de fer de fer oppose les fabricants de camemberts traditionnels de Normandie AOP aux multinationales du camembert à la chaîne, tel Lactalis qui produit son fameux Président à plus de 400 000 exemplaires par jour dans son usine de Domfront, dans la Manche, ce qui lui permet d’étiqueter sans complexe la mention « fabriqué en Normandie » sur ses boîtes. Une mention trompeuse pour le consommateur et de surcroît illégale, car non conforme à la directive UE 2081/92 qui réserve le terme « Normandie » à l’AOP. Fort de son bon droit, l’ODG Camembert de Normandie a porté le différend devant les tribunaux, pour être finalement débouté en appel pour vice de forme, sans que le fond ait été abordé. On ne s’attaque pas impunément au numéro mondial de la filière !

Sans se décourager, l’ODG a fini par alerter la Commission européenne qui, à son tour, a pressé l’Administration française d’agir. Face aux injonctions de Bruxelles, l’Inao devait trouver une issue à cette crise : le camembert de Normandie AOP ne représente aujourd’hui que 5 500 tonnes produits par an, contre 66 000 tonnes pour ses imitations. Dans cette lutte de David contre Goliath, il fallait que chacun fasse des concessions. D’où l’idée d’une nouvelle AOP à deux étages : un niveau de base, « le camembert de Normandie AOP », autorisant le lait pasteurisé ou thermisé. En contrepartie, le processus de fabrication devra se rapprocher de la recette traditionnelle du camembert. Des nouvelles contraintes s’appliquent aussi aux élevages, comme l’introduction de vaches de race normande à hauteur de 30 %, et le pâturage obligatoire pendant 180 jours avec une part d’herbe minimale dans la ration estivale. La version plus qualitative de l’AOP, portant la mention « véritable » ou « authentique », sera pour sa part garantie exclusivement au lait cru, moulée manuellement à la louche. En amont, la proportion de vaches normandes sera portée à 2 sur 3 (contre 1 sur 1 actuellement) et la mise à l’herbe sera plus encadrée. Afin de favoriser la biodiversité et de revaloriser le paysage bocager, 100 m de haies devront être plantés par hectare de pâture.

Pour Patrick Mercier, président de l’ODG Camembert de Normandie et fer de lance de la négociation, cet accord est vécu comme un soulagement ainsi qu’un espoir de renouveau et de développement pour la filière d’excellence. En rehaussant significativement le niveau du camembert basique, il espère créer une dynamique qui porte naturellement une partie des consommateurs vers les produits traditionnels.

Victoire de l’industrie agroalimentaire


Une argumentation loin de convaincre les défenseurs des fromages traditionnels, comme le montre la virulence de leurs réactions… Pour eux, au contraire, c’est la victoire sur tous les fronts de Lactalis et de ses confrères de l’industrie agroalimentaire. Ils estiment que les obligations imposées au produit de base seront rapidement vidées de leur sens ou contournées par l’industrie au nom d’impératifs de production ou de contraintes sanitaires réelles ou imaginaires. L’élévation attendue du niveau de qualité n’aura donc pas lieu et les produits industriels médiocres, à présent parés du précieux macaron AOP, continueront d’envahir les linéaires des grandes surfaces, tandis que « le véritable camembert de Normandie AOP » au lait cru en disparaîtra petit à petit, pour être réservé à une clientèle de luxe fréquentant les fromagers haut de gamme ou les circuits courts.

Plus grave, l’acceptation par l’Inao de produits industriels ne répondant pas aux critères fondamentaux de l’AOP ouvrirait la voie à de nombreuses dérives dans les autres bassins de production. Un risque que l’on ne peut prendre à la légère, lorsque l’on sait que Lactalis contrôle ou est présent aujourd’hui dans plus de 32 appellations fromagères en France sur 45. Enfin, toujours selon ses détracteurs, l’accord fragilise l’image même du concept d’AOP et de terroir que la France et les pays latins portent à bout de bras face à la pression des lobby anglo-saxons qui continuent d’y voir une forme de protectionnisme et d’entrave à la concurrence. Là encore, difficile de nier la menace. Un concours international qui s’est récemment tenu outre-Atlantique n’a-t-il pas désigné un camembert canadien au lait thermisé « meilleur camembert du monde » !

Action nationale - Commerce

Economie collaborative: 8 plateformes mises en demeure !

Alors que débute l’été, que les vacances approchent, l’UFC-Que Choisir alerte sur les conditions générales des principales plateformes d’économie collaborative (locations pour les vacances, voitures, outillage/bricolage, etc.) qui sont truffées de clauses que l’association estime abusives ou illicites. Au vu de ce constat, l’UFC-Que Choisir met à disposition des consommateurs des décryptages1 et une foire aux questions et a mis en demeure AIRBNB, ABRITEL/HOMEAWAY, ALLO VOISINS, DRIVY, ELOUE, OUICAR, STOOTIE, ZILOK, de procéder à d’indispensables suppressions et modifications de leurs contrats.
Si les plateformes d’économie collaborative ont le vent en poupe, les consommateurs seraient bien avisés d’être vigilants quand ils acceptent les conditions générales d’utilisation de ces sites, puisque nous avons dénombré plus d’une dizaine de clauses litigieuses dans les contrats des sociétés précitées, et jusqu’à 45 pour Airbbnb. En effet, entre le manque de lisibilité des clauses, les exonérations des responsabilités, les frais cachés, l’utilisation des données personnelles des utilisateurs, la philosophie sociétale initiale de l’économie collaborative s’efface largement devant les excès juridiques au seul profil des plateformes.

Consentement de l’utilisateur : qui ne dit mot…

Parfois difficile à trouver (Airbnb), les conditions générales d’utilisation sont souvent illisibles car comprenant de nombreux liens hypertextes, parfois en langue anglaise, et regorgeant de notions floues et imprécises : « de temps en temps » ; « d’autres sites » ; « à sa seule discrétion ». Dans ces conditions, difficile de dire que le consentement de l’utilisateur est « éclairé », quand il est demandé…. Car Ouicar et Airbnb se dispensent même d’un consentement exprès puisque le silence vaut acceptation.

Responsabilité : courage fuyons !

Si les témoignages soulignent que le secteur de l’économie collaborative n’échappe pas aux litiges, les plateformes, elles, entendent échapper à leur responsabilité en cas de problème : pas d’indemnisation du consommateur en cas d’interruption du service par le professionnel (Airbnb ; pas responsable des dommages directs (Drivy, Zlikok, Stootie) ou d’annulation de la location (Allovoisins, Ouicar).

Frais cachés : gare aux imprécisions !

Les conditions générales prévoient souvent une série de possibles frais additionnels ou variables… Ainsi Zilok entend s’autoriser à modifier les frais et commissions… Difficile pour le consommateur d’avoir une idée claire des frais qu’ils aura à payer au final d’autant que certains prévoient que c’est à lui de vérifier le montant de ces frais et leur mode de calcul (Airbnb).

Données : vous avez dit « personnelles » ?
Surtout les plateformes collectent un grand nombre de données personnelles et entendent s’octroyer toute liberté d’utilisation, y compris en dehors de la plateforme (Airbnb), voire pour des usages commerciaux.

Au vu de ces constats alarmants, l’association, qui invite les consommateurs à la vigilance,

- met à leur disposition sur que choisir.org des décryptages et une foire aux questions sur les différents secteurs de l’économie collaborative

- met en demeure AIRBNB, ABRITEL/HOMEAWAY, ALLO VOISINS, DRIVY, ELOUE, OUICAR, STOOTIE, ZILOK de modifier leurs contrats sous un mois.

A défaut de régularisation sous un mois, l’UFC-Que Choisir se réserve le droit d’engager des actions en justice afin que soient respectés les droits des consommateurs.

UFC Que Choisir en ligne

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Les dernières infos:

Environnement et Energie :

Gaz et électricité: Eni et Engie sur le banc des accusés
Le Médiateur national de l’énergie n’a pas mâché ses mots en présentant son rapport annuel. Tout comme l’an passé, Engie et Eni sont les moutons noirs du secteur.

Rien à faire, l’Italien Eni a beau faire partie des grands groupes énergétiques européens, il ne parvient pas à facturer correctement ses clients. Le Médiateur national de l’énergie l’avait déjà épinglé en 2015 ; Eni avait alors invoqué « un changement de système informatique ». Or, depuis, ça va toujours aussi mal. Entre factures erronées, factures qui n’arrivent pas et rattrapages 2 ans après, les litiges battent des records : 207 pour 100 000 contrats chez Eni, « empêtré dans les problèmes de facturation » insiste le médiateur, contre seulement 34 chez EDF et 61 chez Direct Énergie.

Si la différence reste palpable, Total Spring et Engie sont également sur la sellette avec des taux de litiges respectifs de 89 et 85 pour 100 000 clients, quand la moyenne est à seulement 56.

Engie se classe par ailleurs mouton noir pour ses pratiques de démarchage à domicile. Ses démarcheurs usent et abusent de la confusion possible avec EDF, les deux groupes étant les seuls à pouvoir proposer le tarif réglementé (Engie sur le gaz, EDF sur l’électricité). Du coup, le consommateur se croit en ligne avec EDF, il signe et se retrouve avec un contrat d’électricité en prix de marché chez Engie. Rémunérés à la commission, les démarcheurs d’Engie sont les champions du forcing, devant ceux d’Eni et de Total Spring.

Au total, les litiges énergie sont en hausse de 19 % sur 1 an, et selon le médiateur Jean Gaubert, la recrudescence des mauvaises pratiques de démarchage à domicile pourrait perdurer. De 15 fournisseurs d’énergie en 2015, on en est déjà à 26 aujourd’hui. Entre nouveaux entrants et ambition revendiquée de Total qui rachète Direct Énergie après avoir absorbé Lampiris, chacun veut sa part de marché… parfois sans s’encombrer du droit des consommateurs ! Une nouvelle fois, « Que Choisir » recommande de raccrocher dès qu’un opérateur fait une offre au téléphone, et surtout de ne jamais ouvrir sa porte à un commercial.

UFC Que Choisir en ligne

Élisabeth Chesnais

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Santé et Bien être :

Ingrédients indésirables dans les cosmétiques: Prudence confirmée pour le phénoxyéthanol
Ce conservateur fréquemment utilisé dans toutes sortes de produits cosmétiques ne devrait pas être utilisé dans ceux destinés aux fesses des tout-petits, confirme l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). L’Agence cite également une étude qui suggère des effets perturbateurs endocriniens chez les femmes en âge de procréer et recommande que ce phénomène soit mieux étudié.

Conservateur fréquemment utilisé, le phénoxyéthanol présente à certaines doses des effets toxiques, c’est pourquoi « Que Choisir » le considère comme un ingrédient indésirable dans les produits pour les tout-petits. Les moins de 3 ans sont en effet particulièrement à risque compte tenu de leur poids et de la pénétration possible des produits, notamment via le siège potentiellement irrité, lors du change. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a donc recommandé, dans un avis publié en 2012, de ne pas l’utiliser dans les produits destinés au siège et de limiter sa concentration à 0,4 % (au lieu de 1 % en général) dans tous les cosmétiques utilisés chez les enfants en bas âge.

Mais les experts européens, eux, ne partagent pas cette analyse : selon un avis publié en 2016 par le SCCS (Scientific Committee on Consumer Safety, Comité scientifique sur la sécurité des consommateurs), la concentration de 1 % est sûre pour toutes les populations et il n’y a pas lieu de faire une exception pour les tout-petits. Face à cette querelle d’experts, nous avons décidé de continuer à tenir compte de l’avis de l’ANSM dans notre évaluation des produits cosmétiques, que ce soit à l’occasion de nos tests ou dans notre base de données (disponible également sur notre application QuelCosmetic). La filière cosmétique n’a pas manqué de nous le reprocher, estimant sans doute que le dernier qui parle a forcément raison.

Pourtant, un nouveau rapport publié par l’ANSM nous conforte dans ce choix. Le groupe d’experts mandaté par l’Agence a repassé au crible les publications scientifiques et, surtout, a tenu compte des connaissances acquises grâce à un récent travail de recherche sur l’exposition des consommateurs aux produits cosmétiques. Selon cette étude, les parents utilisent pas moins de 5 produits cosmétiques en moyenne sur leurs enfants de moins de 3 ans. Typiquement, un nettoyant cheveux et corps, un lait hydratant, une eau lavante pour le siège, une crème pour le siège et des lingettes. Les produits pour le siège en général et les lingettes en particulier représentant une part importante de l’exposition au phénoxyéthanol, l’ANSM maintient sa recommandation de ne pas utiliser cet ingrédient dans ces produits.

Enfin, le groupe d’experts attire l’attention sur une autre population, celle des femmes en âge de procréer. L’étude Pélagie, qui observe les liens entre perturbateurs endocriniens et santé maternelle et infantile, a montré une association entre la concentration du principal métabolite du phénoxyéthanol et l’allongement du délai nécessaire pour concevoir, entre autres. On ignore s’il s’agit d’un lien de cause à effet mais si ces résultats étaient confirmés, cela remettrait en cause l’évaluation du risque pour les adultes.

UFC Que Choisir en ligne

Fabienne Maleyson

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La dernière enquête:

Tourisme et loisirs :

Location entre particuliers (infographie) Vous et la location saisonnière entre particuliers

Vous avez été plus de 2 000 à répondre au questionnaire de l'UFC Que Choisir sur la location saisonnière entre particuliers. Ce nouveau mode de location s’est imposé en un temps record. Derrière de nombreux atouts, vous n’hésitez pas à poser un regard critique sur certaines pratiques des Airbnb, Abritel et autres Homelidays.
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Des évolutions attrayantes

Offre alternative aux hôtels, campings ou clubs de vacances, la location entre particuliers via différents sites a le vent en poupe. Si les locations de vacances ont toujours existé, le fait de passer par Internet facilite grandement le choix et les démarches de réservation. Et désormais, même les séjours en ville sont concernés, alors qu’il y a moins de dix ans, l’hôtel était quasiment l’unique option. Des évolutions qui expliquent que la location entre particuliers via les plateformes séduise de plus en plus de vacanciers comme en témoigne son taux de croissance annuel de 30 %.

Le marché dans les mains de deux géants

Parmi les sites qui proposent la mise en relation des propriétaires et locataires, les historiques (Gîtes de France, Clévacances, etc.) sont à la peine face aux géants du tourisme que sont Homeaway (groupe Expedia) qui chapeaute les deux sites jumeaux Abritel et Homelidays, et surtout Airbnb. Cette marque est presque devenue un nom commun (« Vous allez à l’hôtel ou dans un Airbnb ? »). Une consécration exceptionnelle pour une plateforme lancée en France il y a seulement six ans.

Bons points et mauvaises surprises

Bien que les internautes considèrent comme excessifs les frais facturés par ces sites, ils choisissent ce mode d’hébergement avant tout pour des questions financières. Lorsqu’on part en famille et que l’on a besoin de plusieurs chambres d’hôtel, l’addition grimpe très vite, d’autant qu’il faut aussi prendre ses repas au restaurant. Le très large choix d’hébergements (620 000 annonces en France revendiquées par Airbnb et Homeaway confondus) permet de trouver aisément son bonheur et le système d’avis, de se faire une idée plus précise des atouts et inconvénients du logement. Plus précise mais pas toujours exhaustive, en partie à cause de l’indulgence excessive dont beaucoup de locataires ont tendance à faire preuve lorsqu’ils notent les hébergements. Raison pour laquelle les mauvaises surprises ne sont pas rares : un locataire sur cinq y a déjà été confronté. La non-conformité ou l’insuffisante précision de l’annonce est souvent en cause. Pour éviter les déceptions, deux conseils : communiquer en amont avec le propriétaire pour lui demander des détails sur les points déterminants à vos yeux et lire attentivement le plus grand nombre d’avis possibles sans se laisser aveugler par les cinq étoiles qui couronnent la plupart des logements.
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