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Lait de foin: Une nouvelle filière plus vertueuse
Bientôt, certains produits laitiers seront estampillés « lait de foin » STG (spécialité traditionnelle garantie). Cette étrange dénomination garantit un lait produit par des vaches dont l’alimentation, sans OGM ni fourrage d’ensilage, comporte au moins 75 % d’herbe ou de foin. Un label officiel européen qui nous vient tout droit de nos voisins germaniques, chez qui il a acquis ses lettres de noblesse depuis plusieurs années. Ce lait à l’ancienne se présente comme une alternative face aux produits des méga-élevages où les vaches en stabulation, sur leurs tapis de sol, ne mettent jamais un sabot dehors et ignorent le goût de l’herbe fraîche. En Autriche, le lait de foin (heumilch en allemand) a rapidement recueilli les suffrages des consommateurs de plus en plus méfiants à l’égard de l’industrie agroalimentaire. Aujourd’hui, 15 % de la production (450 millions de litres de lait) est commercialisée sous la dénomination « lait de foin ».

Retour Ă  la tradition

Pays d’alpages souvent moqué pour son attachement aux traditions, l’Autriche a su résister à la déferlante de l’agriculture intensive et garder des fermes où les vaches étaient nourries exclusivement avec du foin. Une aubaine qui lui permet aujourd’hui d’être le fer de lance du retour aux produits laitiers authentiques. Il faut dire que les atouts du « lait de foin » sont nombreux : d’abord, pour les producteurs qui valorisent mieux un produit de bonne qualité, plus savoureux et plus riche en omégas 3 (les bons acides gras) que le lait conventionnel. Côté transformateurs, l’interdiction de l’ensilage dans les aliments pour le bétail permet d’éviter la formation de spores de bactéries dans le lait, à l’origine de sérieux déboires dans la fabrication des fromages, notamment ceux à pâte pressée cuite (gonflement tardif, goût et odeur désagréables).

Une garantie de bien-ĂŞtre animal

Les bénéfices de ce mode d’élevage pour les animaux sont aussi une évidence : faut-il rappeler que les vaches sont des herbivores ? Leur fournir une alimentation composée essentiellement d’herbe et de foin respecte simplement leur physiologie. C’est aussi la garantie d’animaux en bonne santé, moins vulnérables, avec pour conséquence la diminution du recours aux traitements vétérinaires. Enfin, la production de « lait de foin » participe à la lutte pour sauvegarder la biodiversité et soutenir le développement durable. La culture de l’herbe permet de préserver les paysages et d’améliorer le bilan carbone de la filière en évitant les aliments exogènes (contrairement aux élevages conventionnels, qui importent par exemple d’énormes quantités de tourteaux de soja OGM en provenance d’Amérique du Sud).

Un succès qui a de quoi faire rêver les producteurs laitiers français, laminés par la crise laitière. Après un voyage d’études dans la région de Salzbourg, un groupe d’éleveurs bretons adhérant à Segrafo (association de promotion du séchage en grange) s’est laissé séduire par le modèle autrichien. Un organisme de défense et de gestion (ODG) du « lait de foin » s’est constitué, avec pour objectif de faire émerger une telle filière dans l’Hexagone. Étape clé pour accéder à la certification STG, le plan de contrôle des procédures assurant le respect du cahier des charges vient d’être validé par l’Inao. D’ici la fin de l’année, une vingtaine de producteurs laitiers du grand Ouest devraient donc pouvoir bénéficier du nouveau label. « Les deux tiers d’entre eux sont en bio, car les deux démarches sont complémentaires », remarque Didier Le Hec, le président de l’ODG, qui a fait depuis longtemps le choix de nourrir ses vaches à l’herbe et au foin (comme Patrick Mercier, un des derniers producteurs de camembert de Normandie fermier au lait cru, qui attend lui aussi de pouvoir apposer ce label sur ses fromages). À plus long terme, 200 éleveurs laitiers seraient intéressés par cette filière. Une petite goutte dans l’océan lacté, mais qui pourrait grossir tant elle répond aux attentes de nombreux consommateurs.

Une STG (spécialité traditionnelle garantie), c’est quoi ?

Ce signe officiel de qualité européen labellise un produit dont les qualités spécifiques sont liées à une composition, des méthodes de fabrication ou de transformation fondées sur une tradition, sans lien toutefois avec son origine géographique. Le « lait de foin » est la deuxième STG reconnue en France, la moule de bouchot étant jusqu’ici le seul produit à bénéficier de cette mention.

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Florence Humbert


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Marianne facultative sur les bouteilles de vin: Un risque accru de fraudes ?
Amateurs de raretés, gardez précieusement les jolies « Marianne » qui coiffent vos bouteilles de vin ou d’alcool : elles vont peut-être devenir collectors ! Créée en 1960, la capsule représentative des droits, ou CRD, cessera d’être obligatoire à compter du 1er juin 2019. Attestant que les droits d’accise ont bien été acquittés pour ce contenant, elle permettait la circulation des vins en bouteilles ou en « cubi » jusqu’à 3 litres sur le territoire français, en évitant le recours aux documents d’accompagnement légaux. Devenus dématérialisés, ceux-ci restent obligatoires tout comme les droits d’accise, acquittés par les metteurs en bouteille (récoltants, négociants ou entrepositaires). Simplement, en raison du traitement informatique des déclarations, la preuve sur la bouteille n’est plus jugée nécessaire par l’administration. C’est tout bénéfice pour les maisons de négoce qui souhaitaient mettre fin à l’obligation d’avoir deux chaînes d’embouteillage : l’une pour les vins vendus en France, l’autre pour ceux destinés à l’export et qui ne sont donc pas soumis aux droits d’accise. « Produire des capsules neutres pour toutes les bouteilles, c’est plus simple pour nous, a expliqué à l’AFP le président de l’appellation Saint-Émilion, Jean-François Gaillard. Aujourd’hui, toutes nos entrées sont tenues informatiquement. On déclare nos ventes, nos volumes sont tracés… » Pour les particuliers qui transporteront du vin sans Marianne, peu de changement, une facture en bonne et due forme, et acquittée, fera office de preuve en cas de contrôle (attention, un ticket de caisse ne sera pas suffisant !). Gare toutefois à ne pas dépasser les seuils au-delà desquels les documents d’accompagnement deviennent obligatoires.

Affaire de professionnels, dira-t-on. En fait, pas seulement. Car sur la couronne de la capsule figurent des informations précieuses pour le consommateur, en particulier le numéro du département de l’embouteilleur et la mention de son statut. La lettre R ou « récoltant » indique que le vigneron a lui-même mis en bouteille son vin, produit à partir de raisins provenant de son propre domaine. La lettre E ou « entrepositaire » indique que le vin a été conditionné par une entreprise pratiquant uniquement le commerce de vrac et la mise en marché. La lettre N ou « négociant » indique une activité de négoce basée sur l’achat de raisins, de moût ou de vins, élaborés, assemblés, élevés et mis sur le marché sous sa propre étiquette, par le négociant. C’est le cas des grandes maisons de Bourgogne qui cumulent souvent toutes ces activités, conjointement avec l’exploitation de leur propre domaine prestigieux, les obligeant à gérer deux types de capsules. Une différenciation qui n’a rien de péjoratif pour le négoce dont les produits peuvent être de grande qualité et justifier une renommée parfois internationale ! L’ambiguïté, c’est que sous couvert du négoce se cachent également des transactions en très gros volumes destinées à fournir le marché d’entrée de gamme de la grande distribution. C’est aussi le lieu de pratiques obscures et de nombreuses fraudes qui défraient régulièrement la chronique judiciaire. L’été dernier, les résultats d’une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ont ainsi révélé que 70 000 hectolitres de vins rosés espagnols (soit l’équivalent de 10 millions de bouteilles !) avaient été francisés, ou bien vendus sous un packaging ou un merchandising pouvant prêter à confusion sur l’origine des vins.

Les 3 lettres faisant référence au statut de l'embouteilleur.

Ces dérives regrettables restent l’apanage de gros acteurs de la filière et la présence d’une Marianne sur les bouteilles n’y aurait pas changé grand-chose. Mais il est curieux de constater que sa disparition intervient alors que la frontière entre les différentes activités tend à s’estomper même chez des acteurs beaucoup plus modestes. De plus en plus de vignerons recourent à une activité de négoce (en achetant par exemple du raisin ou des moûts) pour se garantir contre les aléas climatiques et maintenir leur production ou tout simplement pour booster le développement économique de leur entreprise. Rien de répréhensible, bien sûr, à condition que les étiquettes affichent clairement la différence. Si ce n’est pas le cas, un nom prestigieux peut alors servir d’ombrelle à des produits qui ont peu de rapport avec les vins de ce domaine. Une pratique pas si rare dans une filière où l’on sait parfaitement jouer sur les homonymies (au détriment des consommateurs peu avertis). La Marianne et ses mentions N ou R sur la capsule permettent au moins de lever les ambiguïtés et d’éviter le mélange des genres. Un garde-fou en quelque sorte !

Sous couvert de simplification administrative, les douanes n’auraient-elles pas jeté le bébé avec l’eau du bain ? En tout cas, la mesure est loin de faire l’unanimité au sein de la filière. « En prenant cette décision, l’État va affaiblir le dispositif historique qui avait été mis en place il y a plusieurs décennies pour protéger la viticulture contre la fraude et les contrefaçons. Qui garantira demain au consommateur qu’un vin revendiquant le nom d’une appellation d’origine est bien issu de cette région ? […] Même si la Marianne n’est évidemment pas l’arme absolue contre la fraude, c’est quand même un garde-fou », s’inquiète le Syndicat des bourgognes dans un communiqué. Et de pointer la diminution importante des effectifs des douanes depuis plusieurs années. « La baisse des contrôles induite par la baisse des effectifs et la baisse des garanties proposées par cette "simplification" sont un cocktail sinon explosif, du moins risqué », conclut le Syndicat des bourgognes qui préconise, en l’absence d’alternative crédible, le maintien de l’utilisation par les viticulteurs de la Marianne et conseille aux consommateurs de continuer à acheter des vins dûment coiffés de son effigie car elle leur apporte une garantie de traçabilité.

Lire aussi:
Notre dossier consacré au vin.

Tout savoir sur les capsules de vin



Lors de l’achat d’une bouteille de vin, on ne prête généralement pas beaucoup d’attention à la capsule qui recouvre le bouchon. Dommage, car ce timbre officiel, attestant que les droits sur l’alcool ont bien été acquittés, recèle de précieuses informations sur l’origine et le contenu de la bouteille. Apprenez à les décrypter.



Au jeu des couleurs

La réglementation impose 7 couleurs normalisées pour les capsules en fonction du type d’alcool contenu :

Vert : pour les vins tranquilles ou mousseux à appellation d’origine protégée (AOP) et pour les vins doux naturels AOP.
Bleu : pour tous les autres vins (vins de table et vins de pays).
Rouge lie de vin : depuis 2011, cette couleur peut remplacer indifféremment les couleurs verte et bleue, sauf pour les champagnes (et pour les boissons fiscalement associées au vin).
Orange : pour les vins de liqueur, les vins spéciaux et les autres produits intermédiaires qui bénéficient d’une AOP.
Gris : pour les autres alcools intermédiaires comme les ratafias.
Jaune d’or : pour le cognac et l’armagnac.
Blanc : pour tous les autres alcools.

Des chiffres et des lettres

Outre l’indication de la contenance, plusieurs indications réglementaires figurent sur la couronne autour de la Marianne (par exemple : 83 R 036). Le premier chiffre indique le numéro du département du siège de l’embouteilleur. La lettre qui suit, son statut :

il peut être récoltant (R) ;
négociant (N) ;
ou entrepositaire agréé (E).

Enfin, le dernier chiffre (036) correspond au numéro administratif d’agrément de l’embouteilleur ou du répartiteur de capsules collectives.

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Florence Humbert


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Camembert de Normandie: La pasteurisation en voie de remporter la bataille
Passera, passera pas ? Annoncée en février dernier par l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), la nouvelle version du cahier des charges du camembert de Normandie AOP est déjà sous le feu des critiques. Cœur de la polémique : l’autorisation, d’ici 2021, de la pasteurisation du lait dans le processus traditionnel de fabrication du fameux fromage. Les industriels laitiers, Lactalis en tête, qui réclamaient cette mesure depuis plus de 10 ans au nom de l’hygiène et du principe de précaution, ont donc obtenu satisfaction. Seulement, voilà : si le chauffage du lait permet d’éliminer d’éventuelles bactéries pathogènes, il détruit du même coup la flore aromatique et les ferments indigènes qui confèrent au fromage normand sa saveur inimitable. « C’est le camembert au lait cru que l’on assassine ! » s’indignent une quarantaine de personnalités – chefs étoilés, vignerons, comédiens, journalistes – dans une tribune publiée le 15 mai dans « Libération ». « Le plus populaire des fromages tricolores, le calendos, va perdre son caractère et sa typicité, pour devenir une pâte molle sans goût », prédit le texte rédigé par la présidente de l’association Fromages de terroirs, Véronique Richez-Lerouge.

Ce cri d’alarme aux accents cocorico n’est pas resté sans écho auprès des amoureux des fromages puisque, à ce jour, plus de 32 700 personnes ont déjà signé la pétition contre la pasteurisation du camembert de Normandie d’appellation d’origine sur le site Change.org. De leur côté, 12 députés normands ont écrit au ministre de l’Agriculture pour lui faire part de leurs inquiétudes. Selon eux, l’accord annoncé par l’Inao risque de faire disparaître totalement des grandes surfaces le camembert traditionnel au lait cru, moulé à la louche. « Nous souhaitons vivement que vous vous opposiez à cet accord et à son application en 2021 afin d’assurer la pérennité du camembert traditionnel qui, en aucun cas, ne peut être assimilé au camembert pasteurisé », poursuivent les parlementaires dans leur courrier au ministre, Stéphane Travert.

Décision surprenante de l’Inao


Il est vrai que cet accord entre, d’une part, les producteurs et les transformateurs laitiers et, d’autre part, l’organisme de défense et de gestion (ODG) de l’AOP Camembert de Normandie, obtenu à l’arraché sous la houlette de l’Inao, a de quoi surprendre. Depuis une vingtaine d’années, l’Institut incite au contraire les appellations d’origine à renforcer leur lien au terroir, en imposant notamment l’emploi exclusif de lait cru dans les nouvelles appellations fromagères, afin de se démarquer de la concurrence des produits industriels. Quelle mouche a donc piqué les « sages » de l’Inao pour déroger aux principes fondamentaux de l’appellation d’origine que sont le respect « des usages locaux, loyaux et constants » ?

Pour répondre à cette question, un petit retour en arrière est nécessaire. Depuis des années, un bras de fer de fer oppose les fabricants de camemberts traditionnels de Normandie AOP aux multinationales du camembert à la chaîne, tel Lactalis qui produit son fameux Président à plus de 400 000 exemplaires par jour dans son usine de Domfront, dans la Manche, ce qui lui permet d’étiqueter sans complexe la mention « fabriqué en Normandie » sur ses boîtes. Une mention trompeuse pour le consommateur et de surcroît illégale, car non conforme à la directive UE 2081/92 qui réserve le terme « Normandie » à l’AOP. Fort de son bon droit, l’ODG Camembert de Normandie a porté le différend devant les tribunaux, pour être finalement débouté en appel pour vice de forme, sans que le fond ait été abordé. On ne s’attaque pas impunément au numéro mondial de la filière !

Sans se décourager, l’ODG a fini par alerter la Commission européenne qui, à son tour, a pressé l’Administration française d’agir. Face aux injonctions de Bruxelles, l’Inao devait trouver une issue à cette crise : le camembert de Normandie AOP ne représente aujourd’hui que 5 500 tonnes produits par an, contre 66 000 tonnes pour ses imitations. Dans cette lutte de David contre Goliath, il fallait que chacun fasse des concessions. D’où l’idée d’une nouvelle AOP à deux étages : un niveau de base, « le camembert de Normandie AOP », autorisant le lait pasteurisé ou thermisé. En contrepartie, le processus de fabrication devra se rapprocher de la recette traditionnelle du camembert. Des nouvelles contraintes s’appliquent aussi aux élevages, comme l’introduction de vaches de race normande à hauteur de 30 %, et le pâturage obligatoire pendant 180 jours avec une part d’herbe minimale dans la ration estivale. La version plus qualitative de l’AOP, portant la mention « véritable » ou « authentique », sera pour sa part garantie exclusivement au lait cru, moulée manuellement à la louche. En amont, la proportion de vaches normandes sera portée à 2 sur 3 (contre 1 sur 1 actuellement) et la mise à l’herbe sera plus encadrée. Afin de favoriser la biodiversité et de revaloriser le paysage bocager, 100 m de haies devront être plantés par hectare de pâture.

Pour Patrick Mercier, président de l’ODG Camembert de Normandie et fer de lance de la négociation, cet accord est vécu comme un soulagement ainsi qu’un espoir de renouveau et de développement pour la filière d’excellence. En rehaussant significativement le niveau du camembert basique, il espère créer une dynamique qui porte naturellement une partie des consommateurs vers les produits traditionnels.

Victoire de l’industrie agroalimentaire


Une argumentation loin de convaincre les défenseurs des fromages traditionnels, comme le montre la virulence de leurs réactions… Pour eux, au contraire, c’est la victoire sur tous les fronts de Lactalis et de ses confrères de l’industrie agroalimentaire. Ils estiment que les obligations imposées au produit de base seront rapidement vidées de leur sens ou contournées par l’industrie au nom d’impératifs de production ou de contraintes sanitaires réelles ou imaginaires. L’élévation attendue du niveau de qualité n’aura donc pas lieu et les produits industriels médiocres, à présent parés du précieux macaron AOP, continueront d’envahir les linéaires des grandes surfaces, tandis que « le véritable camembert de Normandie AOP » au lait cru en disparaîtra petit à petit, pour être réservé à une clientèle de luxe fréquentant les fromagers haut de gamme ou les circuits courts.

Plus grave, l’acceptation par l’Inao de produits industriels ne répondant pas aux critères fondamentaux de l’AOP ouvrirait la voie à de nombreuses dérives dans les autres bassins de production. Un risque que l’on ne peut prendre à la légère, lorsque l’on sait que Lactalis contrôle ou est présent aujourd’hui dans plus de 32 appellations fromagères en France sur 45. Enfin, toujours selon ses détracteurs, l’accord fragilise l’image même du concept d’AOP et de terroir que la France et les pays latins portent à bout de bras face à la pression des lobby anglo-saxons qui continuent d’y voir une forme de protectionnisme et d’entrave à la concurrence. Là encore, difficile de nier la menace. Un concours international qui s’est récemment tenu outre-Atlantique n’a-t-il pas désigné un camembert canadien au lait thermisé « meilleur camembert du monde » !
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Florence Humbert


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Prix de l’eau: Des écarts faramineux d’une commune à l’autre
Des régies bien plus compétitives que Veolia, Suez, Saur et consorts, ou parfois l’inverse… Notre enquête sur le prix de l’eau démontre qu’il existe des services de l’eau exemplaires, tout autant que des dérives objectivement injustifiables. En fonction de la commune, il y a de quoi féliciter les élus locaux ou, au contraire, leur demander des comptes, que l’eau soit gérée en régie municipale ou par une société privée en délégation de service public (DSP).

Si cette enquête exclusive a pu être effectuée, c’est grâce à la participation de lecteurs de « Que Choisir » et d’associations locales de l’UFC-Que Choisir qui nous ont confié de nombreuses factures. Nous les avons analysées dans le détail et en avons déduit le prix du mètre cube d’eau TTC, commune par commune. Ce montant est calculé sur la base d’une consommation de 100 m3 par an d’eau, abonnement annuel inclus, afin que tous les prix soient comparables.

Pour faciliter l’accès aux prix des quelque 1 000 villes, bourgs et villages passés au crible, nous avons divisé l’Hexagone en 5 grandes régions, les résultats étant ensuite accessibles par département.

L’Ouest est présent avec les 20 départements des régions Normandie, Bretagne, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire. Les prix y font le grand écart, de 3,01 à 7,91 €. Le prix du mètre cube est compétitif à Laval (53) comme à Tours (37), qui sont en régie, ou à Joué-lès-Tours, géré par Veolia, mais il est très élevé en régie à Flers, dans l’Orne, ou à Pont-l’Abbé, dans le Finistère, géré par Saur. Les tarifs battent des records à Hiéville, dans le Calvados, ou encore à Montigny-le-Gannelon, en Eure-et-Loir. Le prix de l’eau atteint souvent des sommets sur les côtes, en particulier en Bretagne et en Vendée.
→ Consultez les tarifs de l’eau de 217 villes de l’Ouest



Le Nord-Est n’est pas en reste avec les 22 départements des régions Hauts-de-France, Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté. Les écarts y sont là encore considérables, avec des tarifs qui peuvent être de seulement 2,68 €/m3, mais aller jusqu’à 8,01 €/m3 ! Si le prix de l’eau est très compétitif à Lons-le-Saunier qui est en régie, dans le Jura, compétitif à Dôle avec Suez, il est en revanche très élevé dans l’Aisne, à Château-Thierry, avec Veolia et dans le Nord, à Valenciennes, avec Suez. L’eau coût cher aussi dans le Pas-de-Calais, à Béthune, qui est en régie, ou dans l’Aisne, à Soissons, avec Suez.
→ Consultez les tarifs de l’eau de 225 villes du Nord-Est



La région Sud-Ouest compte 25 départements, ceux des régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. Prix prohibitifs et prix compétitifs s’y côtoient, avec des extrêmes de 2,94 à 7,07 €/m3. Les prix très excessifs y sont malgré tout moins fréquents que dans les autres grandes régions. Les stations du littoral n’y facturent pas l’eau à des montants aussi exorbitants que leurs consœurs de notre région Ouest. À l’exception des communes qui ont délégué au privé, les prix sont relativement raisonnables dans le département des Landes, qui s’est organisé en syndicat.
→ Consultez les tarifs de l’eau de 202 villes du Sud-Ouest



Notre Sud-Est comprend les 18 départements des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Les écarts y sont vertigineux avec des prix s’étalant de 2,87 à 8,46 €/m3, mais ce n’est pas sur la Côte d’Azur qu’on paie le plus cher. Dans le Beaujolais, en revanche, le mètre cube d’eau peut être au prix d’une bouteille de vin ! Les prix sont très compétitifs à Grand Lyon avec Veolia, à Moulins en régie dans l’Allier ou à Cannes sur la Côte d’Azur avec Suez.
→ Consultez les tarifs de l’eau de 181 villes du Sud-Est



L’Île-de-France est un cas un peu à part, car la région compte deux mastodontes de l’eau : d’un côté, la régie municipale Eau de Paris, qui alimente 3 millions d’usagers, de l’autre, Veolia qui dessert 4,6 millions d’habitants pour le compte du Sedif. À l’exception de la capitale, qui est en régie, l’eau est souvent très chère dans la région Île-de-France. Les prix record de notre enquête nationale se situent d’ailleurs en Seine-et-Marne et dans le Val-d’Oise !
→ Consultez les tarifs de l’eau de 91 villes d’Île-de-France
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Élisabeth Chesnais


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Colorant E171: Le dioxyde de titane bientĂ´t banni des bonbons ?
Les nanoparticules seront-elles bientôt sucrées des sucreries ? Le 16 mai 2018, 8 ONG ont envoyé un communiqué à l’ensemble des députés leur demandant de suspendre au plus tôt l’utilisation du colorant E171 (dioxyde de titane), un additif alimentaire répandu dans les plats préparés et les confiseries. « Nous souhaitons suspendre avant la fin de l’année l’utilisation de cette substance comme additif alimentaire en France », a déclaré la déléguée au Développement durable. Si plusieurs fabricants (Mars, Malabar, Fleury Michon, Picard…) et distributeurs français (Carrefour, Leclerc, Auchan, Système U) se sont déjà engagés à retirer les nanoparticules de dioxyde de titane de leurs produits, cette interdiction initialement prévue pour 2020 devrait généraliser ce grand nettoyage. L’interdiction reste toutefois restreinte pour l’heure au domaine alimentaire. Or la présence des nanoparticules ne se cantonne pas au contenu de notre assiette.

Infiniment petites mais extrêmement répandues


Alimentation, cosmétiques, médicaments…Comme le rappelait « Que Choisir » en février dans une grande enquête sur les nanoparticules, ces composés d’une taille inférieure à 100 nanomètres sont omniprésents dans notre quotidien, malgré des doutes sur leur innocuité. En effet, leur petite taille favorise leur pénétration dans l’organisme et le franchissement des barrières biologiques (des poumons et intestins vers le sang, du sang vers le cerveau). Leur surface importante de contact avec l’extérieur et la réactivité qui les caractérise renforcent ce potentiel toxique.

L’an dernier, une étude de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) a conclu que l’exposition chronique à l’E171 favorisait la croissance de lésions précancéreuses chez le rat. En ce qui concerne la nocivité pour l’homme, si elle fait actuellement l’objet de nombreuses recherches, la tâche semble ardue car le mécanisme d’action de ces minuscules particules s’avère complexe à étudier. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) doit toutefois conduire de nouvelles recherches en 2018, à la demande du gouvernement, selon l’AFP.

Malgré ces doutes, les nanoparticules se sont immiscées dans nombre de recettes industrielles. Plus de 400 000 tonnes de nanomatériaux ont été introduites dans divers produits manufacturés en France rien qu’en 2016. Nos tests ont ainsi révélé la présence de ce colorant sous forme de nanoparticules dans des produits alimentaires de toute sorte : gâteaux, bonbons, chewing-gum, poudres pour capuccino, épices et soupes déshydratées. Mais aussi dans des cosmétiques (dentifrice, crème solaire…). Et enfin dans des médicaments courants, tels que le Dafalgan (1 g comprimé pelliculés) ou le Doliprane (500 mg gélule), qui sont loin d’être des cas isolés. Car les chiffres obtenus en consultant la base de données recensant les médicaments mis sur le marché en France sont vertigineux : plus de 4 000 médicaments contiennent le colorant E171 !

Si l’on peut saluer l’annonce du gouvernement, espérons que cette mesure sera étendue aux cosmétiques et aux médicaments le plus tôt possible.
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Marie-Noëlle Delaby


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Projet de loi Agriculture et Alimentation: Un texte sans grande ambition qui ne réglera pas les crises agricoles

Un manque de cohérence entre les différents dispositifs :





• Alors que les questions relatives à la baisse de l’utilisation de produits phytosanitaires, la protection de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique constituent de réelles attentes sociétales et sont pour certaines l’objet d’une commande publique (ex. Plan phytosanitaire), il apparaît qu’elles ne sont quasiment pas traitées au sein des plans de filières.

• Alors que l’agriculture pèse à elle seule 20 % des émissions de gaz à effet de serre et que les politiques agricoles et alimentaires françaises doivent s’aligner sur les objectifs de l’Accord de Paris à hauteur d’une division par 2 des émissions du secteur agricole d’ici à 2050, il n’y a aucune référence à la protection du climat dans le projet de loi et très peu dans les plans de filières !

• L'interdiction du glyphosate dans les 3 ans ne figure plus dans la loi, ni dans le plan phytosanitaire.

• L’objectif de 50 % de produits de qualité, dont 20 % de produits bio dans la restauration collective d’ici 2022, ne trouve pas de concrétisation dans le grand plan d'investissement. Ce dernier, disposant de 5 milliards d’euros ne prévoit pas de financement spécifique pour la territorialisation de l’alimentation.

• La mesure consistant à instaurer un plat végétarien hebdomadaire, plébiscitée par les citoyens dans le cadre de la consultation citoyenne lancée en ligne à l’occasion des EGA, a été rejetée par le gouvernement lors de l’examen en Commissions à l’Assemblée nationale.

• Si l’interdiction des œufs issus de poules en cages constituait un engagement de campagne du Président de la République, rappelé lors de son discours à Rungis, le Ministre de l’Agriculture n’a pas souhaité l’inscrire dans la loi préférant le renvoyer aux plans de filières. Pourtant, dans ces plans de filières, analysés par la plateforme, les ambitions sont insuffisantes et ne suffiront pas à elles seules à faire évoluer les pratiques.

• Le relèvement du seuil de revente à perte, présenté par le Gouvernement comme la mesure phare pour augmenter le revenu des agriculteurs, ne permettra pas de relever les prix agricoles puisque le projet de loi ne contient aucune mesure pour obliger la grande distribution ou les industriels à répercuter aux agriculteurs les sommes prélevées. En revanche, l'impact inflationniste sera certain et immédiat sur les consommateurs. Selon les estimations il représente entre 800 millions et 5 milliards d’euros pendant les deux ans que durera l'expérimentation.

De nombreuses priorités passées à la trappe dans le projet de loi :



Les parlementaires ont déjà commencé leur travail puisque le projet de loi est déjà passé par deux commissions. Et même si des avancées intéressantes ont pu être notées en commission développement durable, elles sont pour une grande partie passées contre l’avis du gouvernement, et nombre d’entre elles ont été supprimées lors du passage en commission des affaires économiques.


La Plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire demande aux députés de rétablir de la cohérence pour impulser une réelle transition lors des débats à venir en inscrivant dans la loi :

• La définition d’un prix abusivement bas, en-dessous duquel l’aval ne pourra pas acheter de produits agricoles, et la mise en place d’un arbitrage public des relations commerciales, ainsi que la suppression du relèvement du seuil de revente à perte (SRP).

• Un soutien structurant à des filières et des dynamiques de Commerce Équitable « origine France », comme filières internationales, en tant que démarche permettant d’apporter aux consommateurs des garanties, vérifiées et tracées, sur la juste rémunération des producteurs.

• La santé environnementale avec l’interdiction du glyphosate à 3 ans, l’encadrement des néonicotinoïdes, des perturbateurs endocriniens, des huiles minérales, des additifs, mais aussi des nanomatériaux dans l’alimentation. Malgré un rapport sans appel de l’IGAS, rien n’est fait pour interdire au plus vite les pesticides les plus dangereux dans la loi.

• La protection des riverains des zones cultivées en instaurant des zones sans pesticides de synthèse aux abords des habitations.

• Un meilleur étiquetage pour les consommateurs : mode d’élevage, nourri aux OGM, nombre de traitements pesticides, etc.

• Le renforcement de la sécurité sanitaire de notre alimentation, notamment en redonnant les moyens à l’Etat d’être plus efficace, en exigeant plus de transparence sur les contrôles, la prévention et la gestion des crises et en stoppant l’impunité des industriels grâce à des sanctions exemplaires.

• La réglementation de la publicité et du marketing qui ciblent les enfants pour des produits trop sucrés, trop gras, trop salés.

• La prise en compte des protéines végétales au même titre que les protéines animales et l’introduction des repas végétariens dans les restaurations collectives.

• La mise en place de contrôles vidéo en abattoirs, conformément à l’engagement électoral d'Emmanuel Macron, et l’interdiction de la production d’œufs issus de systèmes en cages.

• Des mesures permettant l'atteinte d'une optimisation des actions de fertilisation azotée.

• L’objectif pour l’Etat de ne pas participer à travers ses achats à la déforestation dans le monde, anticipant ainsi sur la très prochaine Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée.



Notes:


1-Les organisations membres de la PCTAA :
Action contre la Faim / ActionAid France / Agir Pour l’Environnement / Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières / Amis de la Terre France / Association française des Diététiciens Nutritionnistes / Association Max Havelaar France / Attac France / BLOOM / CCFD-Terre Solidaire / Commerce Équitable France / CIWF France / CMR (Chrétiens dans le Monde Rural) / Comité français pour la solidarité internationale / Coordination SUD / CRID / Criigen / Eau et Rivières de Bretagne / Fédération Artisans du Monde / Fédération des Associations pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural (FADEAR) / Fédération Nationale d’Agriculture Biologique / Fermes d’Avenir / Filière Paysanne / Fondation pour la Nature et l’Homme / Foodwatch France / France Nature Environnement / Générations Futures / Greenpeace France / Ingénieurs Sans Frontières AgriSTA (Agricultures et Souveraineté Alimentaire) / LPO / Miramap / Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique / Nature et Progrès / OGM dangers / Oxfam France / Plateforme pour une petite pêche / REFEDD (Réseau Français des Etudiants pour le Développement Durable) / RENETA (Réseau National des Espaces-Test Agricoles) / Réseau Action Climat / Réseau CIVAM / Réseau Cocagne / Réseau Environnement Santé / RESOLIS / Secours Catholique - Caritas France / SOL / Syndicat National d’Apiculture / Terre & Humanisme / Terre de Liens / UFC-Que Choisir / Union Nationale de l’Apiculture Française / WECF France / WWF France

Chaque position exprimée dans ce document est approuvée par la majorité des organisations membres de la plateforme, mais n'est pas nécessairement la position de chacune d'entre elles.

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Origine de la viande et du lait dans les aliments transformés: Viandes de porc et de volaille, des origines encore trop secrètes !


Si l’indication d’origine est obligatoire pour les aliments bruts tels que les fruits, les légumes ou la viande, elle n’était en revanche pas exigée jusqu’à présent pour les produits transformés, alors même que ceux-ci constituent la plus grande partie de notre alimentation. Or cette opacité menace directement la traçabilité des filières alimentaires, comme l’a illustré en 2013 le scandale de la présence de viande de cheval dans les lasagnes et autres plats préparés.
Alors que la Commission européenne a autorisé la France à rendre obligatoire la transparence sur l’origine du lait et des viandes dans les produits transformés, l’UFC-Que Choisir a voulu mesurer l’impact de cette mesure sur un échantillon de 269 produits d’alimentation courante à base de lait, de viande de bœuf, de porc et de volaille1. Les résultats de notre enquête montrent une mise en œuvre en demi-teinte de l’obligation d’étiquetage :

• 25 % de transparence en plus grâce à l’obligation réglementaire …
La comparaison avec la précédente enquête de l’UFC-Que Choisir réalisée lorsque l’indication d’origine était encore volontaire, montre que le caractère obligatoire de la mesure a fait progresser de 25 % la mention du pays d’origine sur les produits à base de viande, qui atteint maintenant 58 %.

• … mais l’opacité persiste sur 39 % des viandes du fait des mentions d’origines « UE » et « non UE » :
Si, par rapport à l’enquête précédente, les produits sans mention d’origine ont quasiment disparu, c’est que certains industriels ont préféré les mentions beaucoup plus vagues « origine UE » ou « origine non UE », qui autorisent à passer sous silence la provenance précise de leurs ingrédients. Ces pratiques sont notamment relevées sur près d’un produit sur deux dans le cas de la viande de porc et sur pratiquement les deux tiers des produits à base de volaille !



• Trop compliqué l’étiquetage ? Halte aux faux arguments des industriels.
Certains fabricants rechignent à indiquer le pays d’origine au motif que cette mesure serait trop complexe. Mais l’analyse des pratiques entre marques et enseignes concurrentes montre que ce choix n’est pas motivé par des raisons techniques, mais au contraire par des politiques d’approvisionnement et d’information propres à chaque entreprise. Par exemple pour les plats préparés, alors que la mention du pays d’origine n’est présente sur aucun des 9 produits William Saurin de notre échantillon, elle est en revanche indiquée sur 9 des 12 plats similaires trouvés chez Carrefour, Intermarché et Système U. Au rayon charcuterie, alors que Carrefour, Intermarché et Système U sont en capacité d’indiquer le pays d’origine pour 12 produits sur 14, chez Herta au contraire, 8 des 9 produits examinés se contentent de la mention « origine UE » ! Mais la palme de l’information la plus vague est décernée haut la main à 9 produits de marques distributeurs Auchan, Casino et Leader Price portant la mention « UE/non UE » signifiant par-là que leurs ingrédients sont d’origine … mondiale !

• La transparence en sursis ?
Loin d’être définitive, l’autorisation que la Commission Européenne a donnée à la France pour tester l’obligation d’étiquetage s’achève à la fin de l’année et son maintien dépendra de l’évaluation qui en sera faite. Compte tenu des réels avantages pour les consommateurs de cette mesure (transparence et qualité sanitaire résultant de la stabilisation des approvisionnements), il nous apparaît indispensable que la Commission accepte sa pérennisation.


Au vu de l’impact positif de l’obligation d’étiqueter l’origine et constatant la nécessité d’en empêcher tout contournement par un abus des mentions trop floues, l’UFC-Que Choisir demande la pérennisation de cette obligation d’étiquetage, en réservant les indications « Origine UE » et « Origine non UE » à un nombre limité de cas où la forte variabilité des approvisionnements est démontrée.

Consulter notre Ă©tude :
Transparence sur l'origine du lait et de la viande dans les produits transformés

Notes:
1 Enquête réalisée entre décembre 2017 et avril 2018, sur un échantillon de 269 produits alimentaires à base de lait, de viande bovine, de porc et de volaille.
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Alimentation: Bruxelles revoit son système d’évaluation des risques
La polémique sur la réautorisation du glyphosate au mois de décembre 2017 dans l’Union européenne (UE) pour 5 ans aura eu le mérite de faire bouger les lignes. Certes, la pétition signée en octobre 2017 par plus d’un million de citoyens européens demandant à Bruxelles l’interdiction de l’herbicide n’aura pas atteint son but premier. Mais l’Europe n’y sera pas totalement restée sourde. Comme elle s’y était engagée en décembre, la Commission européenne a annoncé le 11 avril son intention de rendre plus transparente l’évaluation des substances à risque dans l’alimentation.

Depuis l’adoption en 2002 par l’UE de sa loi sur les procédures relatives à la sécurité des denrées alimentaires, le contexte politique, économique et sociétal a évolué. La perception et les attentes des consommateurs par rapport à la chaîne alimentaire ont été affectées par différents scandales alimentaires et sanitaires et le règlement vieux de 16 ans nécessitait un rafraîchissement, reconnaît la Commission.

« Trop souvent nous avons entendu que l’Efsa [ndlr : l’organisme européen en charge de l’évaluation des études scientifiques des substances jugées à risque] était entre les mains de l’industrie. Ces propositions ne laisseront plus la place à ces théories conspirationnistes », a déclaré le commissaire européen à la santé Vytenis Andriukaitis, selon des propos rapportés par Agra presse.

En pratique, la Commission devrait réviser huit législations, chacune relative à un domaine alimentaire précis : les OGM, les additifs alimentaires dans l’alimentation humaine et animale, les arômes de fumée, les emballages alimentaires, les enzymes et arômes, les produits phytosanitaires et, enfin, les nouveaux aliments (algues, insectes…).

Parmi les principales dispositions de la commission :

La consultation des parties prenantes et du grand public sur les études soumises afin de garantir l'accès complet de l'Efsa aux éléments de preuve existants afin de fonder son évaluation.

La possibilité pour l'Efsa de commander ses propres études dans des circonstances exceptionnelles pour vérifier les preuves soumises. Jusqu’à présent, le travail de l’Efsa reposait exclusivement sur l’analyse de données existantes. Ces études seraient financées par le budget de l'UE.

Le renforcement de l’indépendance de l’Efsa grâce, notamment, à l’inclusion d’un représentant du Parlement européen dans sa gouvernance et à la révision de la sélection des experts.

« J'appelle les États membres et le Parlement européen à rapidement adopter ces propositions pour en faire une nouvelle loi, et ainsi apporter des résultats concrets aux citoyens avant les élections européennes de l'année prochaine », conclut Vytenis Andriukaitis dans un communiqué accompagnant cette annonce.

Fraude alimentaire:


La Commission lance Ă©galement un centre de connaissances

En mars 2018, la Commission européenne annonçait également le lancement d’un centre de connaissances sur la fraude et la qualité des denrées alimentaires. Cet organisme de recherche intégralement financé par la Commission sera constitué d’experts internes et externes à la Commission. Il devrait soutenir le travail des autorités nationales en leur donnant accès à des connaissances scientifiques. Il aura notamment pour tâche l’élaboration de bases de données, de bulletins d’information ou encore de cartes interactives, alors que l’Europe a récemment fait face à des fraudes de dimensions internationales concernant les œufs contaminés au fipronil, l’huile d’olive ou encore le miel.

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Marie-Noëlle Delaby


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Seuil de revente Ă  perte: Enfumage ? De quel enfumage parlez-vous ?
Commençons par l’outrance dont le ministre fait preuve dans cet entretien. Evoquant le chiffrage de l’impact de la mesure sur les prix, pouvant atteindre 5 milliards d’euros sur les deux ans de l’expérimentation et dont nous avions été les premiers à nous faire l’écho, le ministre parle « d’enfumage » et de « calcul absurde ». C’est oublier bien vite que ce chiffre provient des services des ministères eux-mêmes, puisqu’il est issu de l’étude d’impact que le gouvernement a présentée au Parlement en même temps que son projet de loi. S’il juge le calcul peu fiable, c’est à ses équipes qu’il doit faire la leçon, et certainement pas à nous ! A ce propos, Stéphane Travert avance un autre chiffrage : 800 millions d’euros (en fait, 875 millions si on fait le calcul à partir des chiffres qu’il fournit lui-même) par an. Soit 1,75 milliard d’euros sur les deux ans que dure l’expérimentation, soit justement la fourchette basse que j’évoquais dans le billet incriminé : rien de nouveau sous le soleil – et tout de même plus de 60 € de surcoût par ménage.

Continuons avec le mensonge, une nouvelle fois répété : celui du ruissellement vers les agriculteurs français. Alors même que le ministre avance que la mesure touchera les produits de tête de gondole – donc pas les produits agricoles -, on nous refait le coup de l’augmentation du revenu agricole grâce à cette mesure. Comme si augmenter les marges des distributeurs sur les produits vedettes, souvent très transformés et rarement à partir de matières premières françaises, allait aider nos agriculteurs. On en arrive à cette absurdité, où le ministre en vient à demander à Leclerc de bien vouloir, parce qu’il margera plus sur certains produits, augmenter ses prix d’achat ailleurs. Touchante naïveté.

Enfin, comment ne pas relever un oubli ô combien révélateur : où sont passés les plans de filière ? Pour rappel, le président de la République, dans son discours de Rungis, avait conditionné le relèvement du SRP (et l’encadrement des promotions) à l’émergence rapide de plans de filière ambitieux, qui devaient décrire précisément l’agriculture française de demain, filière par filière, avec des engagements portant notamment sur la qualité nutritionnelle et sur l’environnement. Or, il n’en est dit mot dans cette interview, révélant ainsi le jeu de dupes qui est en train de se dessiner sous nos yeux, malgré nos alertes répétées : le budget des consommateurs touché, des agriculteurs bernés et une qualité sacrifiée.

Alors parler d’enfumage, pourquoi pas. Mais de la part de qui, au juste ?
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Alain Bazot


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Affaire Lactalis: Des révélations lors des commissions

Les 3 principales informations dévoilées lors des auditions devant les sénateurs



- Lactalis aurait dissimulé aux services sanitaires des contrôles positifs à la salmonelle au cours de ces dix dernières années.

- Auchan et Carrefour ont remis en rayon des laits contaminés ramenés par les consommateurs.

- La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) accuse les laboratoires en charge des autocontrôles de ne pas avoir rempli leur rôle d’alerte.

Dans cette affaire de lait, les informations se distillent au compte-gouttes. Il aura fallu attendre les auditions devant le Sénat des principaux responsables et victimes du scandale Lactalis pour que les langues se délient (lire encadré). Du 24 janvier au 21 février, la Seconde chambre a ainsi convoqué toute la chaîne des acteurs impliqués dans ce scandale : le producteur (Lactalis), les distributeurs (pharmaciens et grandes surfaces dont Carrefour, Leclerc ou encore Système U), les services chargés de la sécurité alimentaire (DGAL et DGCCRF) et, enfin, les associations de consommateurs, dont l’UFC-Que Choisir. Des entretiens qui ont mis en lumière des aspects inédits de ce scandale sanitaire.

Des révélations saisissantes

Comme l’a relevé la présidente de la commission sénatoriale Sophie Primas (LR) lors de la clôture des tables rondes, « à plusieurs reprises, les auditions ont permis de pointer des dysfonctionnements à divers endroits : dans la production, d'abord et avant tout, mais aussi au stade du contrôle administratif et de la distribution des produits ». C’est notamment lors de sa convocation, le 13 février, que Patrick Dehaumont, directeur général de l'alimentation au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation (DGAL), a révélé que Lactalis aurait dissimulé aux services sanitaires des contrôles positifs aux salmonelles au cours de ces dix dernières années. Rebelote le lendemain, lorsque les représentants de la grande distribution ont été conviés à une table ronde afin d’expliquer les défaillances des procédures de retrait. Alors que des consommateurs vigilants, puis les services des fraudes, avaient d’ores et déjà signalé que des produits incriminés étaient restés en rayon, Auchan et Carrefour ont reconnu que certains de leurs magasins avaient carrément remis en vente des laits contaminés ramenés par les consommateurs ! Ces graves manquements entraîneront-ils des sanctions ? Pas directement, comme l’indique Sophie Primas : « ces auditions ne sont pas un tribunal où nous recherchons des responsabilités individuelles ».


Davantage de moyens pour les contrĂ´les et les retraits

La commission a également permis à l’UFC-Que Choisir, auditionnée le 21 février, de réitérer son souhait d’une mise en place rapide d’un véritable plan de retrait et l'instauration d'audits externes sur leur qualité et leur fiabilité. Une information claire et centralisée du consommateur via un site officiel de référencement des rappels et des campagnes médias en cas de retrait important seraient également souhaitables. Enfin, l’UFC-Que Choisir préconise l’obligation de transmettre aux services de l’État les autocontrôles positifs en pathogènes, que ce soit dans l’environnement ou dans les produits. Pour l’heure, faute d’une législation suffisamment claire, la pratique est de ne communiquer que les résultats positifs dans les produits et non autour (sol, tuyauterie, matériel…).

Pour ce faire, l’UFC-Que Choisir insiste sur la nécessité de redonner de vrais moyens d’action à la DGCCRF, service de l’État en charge de chapeauter ces différentes missions qui a vu ses effectifs baisser de 1 000 agents entre 2007 et 2012. « On a l’obligation d’avoir de vrais effectifs, […] de vrais moyens, car demain, on peut avoir une bactérie beaucoup plus grave, peut-être mortelle », abonde le sénateur Martial Bourquin (PS).


Le Parlement sur les chapeaux de roue

De son côté, la commission d’enquête parlementaire, qui débutera probablement dès le mois de mars à l’Assemblée nationale, pourrait aboutir à des propositions de loi d’ici la fin de l’année, nous confie le député Grégory Besson-Moreau (LREM), qui devrait en être le rapporteur. Seul bémol, l’enquête judiciaire ouverte par le tribunal de Paris délimitera les possibilités d’investigation des 30 parlementaires qui siégeront à la commission. Pré carré de la justice, Lactalis et les laboratoires d’analyse sous-traitants ne pourront être entendus, comme l’a rappelé la garde des Sceaux Nicole Belloubet dans une lettre adressée aux parlementaires fin février. Un cloisonnement qui pourrait ne plus avoir lieu à l’avenir, une demande ayant été déposée par le Parlement en décembre 2017 afin que ses élus puissent enquêter indépendamment des instructions judiciaires. La proposition qui doit être étudiée par le Conseil constitutionnel ne sera toutefois vraisemblablement pas adoptée avant la fin de l’enquête parlementaire sur les laits contaminés, qui durera six mois.
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Marie-Noëlle Delaby


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